Le 15 juillet 1992, une jeune femme de 23 ans part se promener dans un parc londonien avec son fils de deux ans et leur chien. Elle n’en reviendra pas. Le meurtre de Rachel Nickell sur Wimbledon Common est entré dans l’histoire criminelle britannique non seulement pour sa brutalité, mais pour tout ce qui a suivi : une enquête catastrophique, un innocent traîné dans la boue pendant des années, et un vrai coupable qui continue de tuer pendant que la police regarde ailleurs. Trente ans plus tard, Netflix retrace cette affaire dans la série Sous ses yeux et le documentaire Le Meurtre de Rachel Nickell, tous deux disponibles sur la plateforme depuis le 4 juin 2026. Voici la vraie histoire.
Qui était Rachel Nickell, la femme assassinée sur Wimbledon Common ?
Rachel Jane Nickell est née le 23 novembre 1968 dans l’Essex. Par tous les témoignages de ceux qui l’ont connue, elle était une de ces personnes rares dont la présence illumine une pièce. Elle avait grandi en faisant du bénévolat auprès de personnes âgées, travaillé avec des enfants handicapés, et se formait à la danse. Lorsqu’elle rencontre André Hanscombe dans une piscine à Richmond, elle appelle sa mère dès le soir même pour lui annoncer qu’elle vient de rencontrer l’homme de sa vie. Le couple vit modestement à Londres avec leur fils Alex, né en octobre 1989, et rêve de s’installer un jour dans la campagne française.
Le matin du 15 juillet 1992, Londres est en pleine canicule. Rachel part se promener sur Wimbledon Common, un vaste espace vert du sud-ouest de Londres, avec le petit Alex, alors à quelques semaines de ses trois ans, et leur labrador noir Molly. Dans une zone isolée du parc, un inconnu les attaque. Il projette l’enfant au sol, se retourne vers Rachel et la poignarde à 49 reprises au cou et au torse. La mort est quasi immédiate. L’agresseur prend la fuite, laissant Alex seul à côté du corps de sa mère. C’est un passant qui découvre le petit garçon, couvert de sang, répétant en boucle les mots : « Réveille-toi, maman. »
L’enquête qui déraille : Colin Stagg dans le collimateur d’une police à bout
Le choc est immense. La Metropolitan Police, sous pression médiatique immédiate, se retrouve face à une scène de crime quasi vide de preuves exploitables. La technologie légiste de 1992 ne permet pas d’analyser la minuscule trace biologique prélevée sur le corps de Rachel, trop infime pour livrer un profil ADN. Après un mois d’enquête, les enquêteurs ne peuvent même pas confirmer avec certitude le sexe de l’agresseur.
Acculée, la police fait appel au psychologue criminel Paul Britton. Son profil désigne un homme socialement isolé, vivant à proximité de Wimbledon Common, avec des fantasmes violents à caractère sexuel et un attrait pour le mysticisme. Quand ce profil est diffusé à la télévision nationale, plusieurs téléspectateurs signalent le même nom : Colin Stagg, un chômeur de 29 ans qui promenait régulièrement son chien sur le Common.
Le problème est simple : il n’existe aucune preuve contre lui. Rien. La police monte alors l’opération Edzell, un piège d’une ampleur sans précédent. Une policière infiltrée entretient pendant plusieurs mois une fausse correspondance romantique avec Stagg, jouant un personnage féminin qui partage ses prétendus fantasmes violents pour l’inciter à des aveux. Stagg ne confesse rien, parce qu’il n’a rien à confesser. L’opération est un fiasco total. En septembre 1994, le juge Richard Ognall rejette l’affaire à l’Old Bailey, qualifiant la méthode de « tromperie d’une gravité exceptionnelle » et de démarche « totalement répréhensible ». Colin Stagg aura passé quatorze mois en détention provisoire pour un crime qu’il n’a pas commis. Il recevra finalement 706 000 livres sterling de dédommagement des autorités britanniques, après avoir été pendant des années l’homme le plus haï d’Angleterre.
Pendant ce temps, le vrai tueur continuait de sévir
Ce que l’affaire Colin Stagg a masqué pendant des années, c’est que le vrai meurtrier de Rachel Nickell agissait librement. Robert Napper, né en 1966, est un violeur en série qui s’était attaqué à plus de 70 femmes dans le sud de Londres depuis la fin des années 1980. Sa propre mère avait signalé aux autorités qu’il lui avait avoué un viol. La police n’avait jamais donné suite.
En novembre 1993, pendant que les enquêteurs s’acharnent sur Colin Stagg, Napper pénètre dans l’appartement de Samantha Bisset à Plumstead. Il tue la jeune femme de 27 ans à coups de couteau, mutile son corps, puis s’en prend à sa fille Jazmine, âgée de quatre ans, qu’il agresse sexuellement avant de l’étouffer. Deux meurtres de plus qui auraient pu être évités si les alertes signalées sur Napper avaient été prises au sérieux.
C’est grâce au travail de la légiste Angela Gallop que la vérité finit par émerger. En 2002, Scotland Yard rouvre le dossier Nickell. De nouvelles techniques d’analyse ADN permettent d’exploiter des prélèvements jusqu’alors inexploitables. Le profil génétique obtenu écarte définitivement Colin Stagg et désigne Robert Napper. En 2004, l’identification est officiellement confirmée. Lorsque les enquêteurs localisent Napper pour l’arrêter, ils découvrent qu’il est déjà interné à Broadmoor : condamné en 1995 pour les meurtres des Bisset, il y purge depuis lors une peine indéfinie.
Le procès et la condamnation de Robert Napper pour le meurtre de Rachel Nickell
Le 18 décembre 2008, soit seize ans, cinq mois et trois jours après le meurtre de Rachel Nickell, Robert Napper plaide coupable pour homicide avec irresponsabilité diminuée devant la cour de l’Old Bailey, invoquant sa schizophrénie paranoïaque et un syndrome d’Asperger diagnostiqués. Il est condamné à une détention indéfinie à Broadmoor, là où il se trouve déjà. Le juge, au moment de prononcer sa sentence, lui adresse ces mots : « Vous l’avez poignardée à 49 reprises, y compris après sa mort. »
André Hanscombe, qui avait quitté l’Angleterre avec Alex pour s’installer à Barcelone des années auparavant, assiste au procès. C’est lors de cette audience qu’il prend connaissance d’un dossier interne du Crown Prosecution Service établissant que la Metropolitan Police disposait d’éléments sur la dangerosité de Napper bien avant le meurtre de Rachel, et qu’elle n’avait pas agi. Une Commission indépendante des plaintes contre la police conclura plus tard à un catalogue d’erreurs graves, établissant que les meurtres des Bisset, et celui de Rachel, auraient pu être évités.
Où est Robert Napper aujourd’hui ?
Robert Napper a aujourd’hui la soixantaine. Il est toujours interné à Broadmoor Hospital, l’établissement psychiatrique de haute sécurité de Crowthorne dans le Berkshire, où il se trouve sans interruption depuis sa condamnation initiale pour les meurtres des Bisset en 1995. Il n’a jamais été libéré et sa détention est indéfinie, sans date de fin possible.
Sa vie quotidienne à Broadmoor a été décrite par d’anciens membres du personnel comme particulièrement monotone. Il est connu comme un détenu discret, qui ne cherche pas les conflits. Il joue aux échecs, aux dames, au Scrabble, pratique le sport dans la salle de gym de l’établissement et joue au football. Lorsqu’il attendait d’être transféré à Broadmoor après sa condamnation pour les meurtres des Bisset et qu’il était temporairement hébergé dans une prison ordinaire, il aurait vanté cette perspective devant d’autres détenus, ce qui lui avait valu d’être violemment pris à partie. Selon un témoignage rapporté par la presse britannique, il « n’était pas du tout un dur ».
En dehors de Broadmoor, Napper reste au cœur d’enquêtes non résolues. Des détectives ont cherché à l’interroger sur sa possible implication dans les meurtres de trois autres femmes : Claire Tiltman, 16 ans, tuée en 1993 dans le Kent, Penny Bell, 43 ans, et Jean Bradley, 47 ans, dont les décès remontent aux années 1991-1993. Aucune inculpation supplémentaire n’a à ce jour abouti. En 2013, un aide-soignant de Broadmoor, Robert Neave, a plaidé coupable de complicité dans la violation du secret professionnel après avoir vendu des informations sur Napper à la presse.
Rachel Nickell, Alex et André : où en sont-ils aujourd’hui ?
Rachel Nickell aurait eu 57 ans en novembre 2025. Elle n’a jamais eu la possibilité de voir grandir son fils. Alex Hanscombe, qui avait deux ans le jour du meurtre et dont les souvenirs fragmentaires ont joué un rôle déterminant pour maintenir l’enquête ouverte, a aujourd’hui 36 ans. Il milite pour une réforme en profondeur de la culture policière britannique et s’est exprimé publiquement sur les défaillances institutionnelles qui ont permis à Napper de continuer à agir. Son père André, qui a longtemps vécu à Barcelone, est revenu en Angleterre pour participer comme consultant à la série Sous ses yeux et témoigner dans le documentaire Le Meurtre de Rachel Nickell. Les deux hommes ont déclaré que participer à ces deux projets représentait pour eux une façon de reprendre la parole après des décennies de silence imposé par le regard médiatique.
À noter que Prime Video prépare également une série documentaire en deux épisodes sur l’affaire, intitulée The Wimbledon Killer, dont la sortie est prévue plus tard en 2026.


