Sous ses yeux ne ressemble à aucune autre mini-série true crime de ces dernières années. Là où le genre se complaît souvent dans la reconstitution mécanique des crimes et des enquêtes, la série créée par Rob Williams, le scénariste de Killing Eve, fait un choix radicalement différent : raconter l’affaire Rachel Nickell depuis l’intérieur d’une famille dévastée, à hauteur d’homme, en suivant André et son fils Alex pendant seize ans d’attente et de reconstruction impossible. La fin de la série, sobre et accablante à la fois, est à l’image de ce qui précède : pas de triomphe, pas de catharsis facile, juste la vérité brute d’une justice rendue trop tard.
Sous ses yeux : ce que raconte la série de bout en bout
Le matin du 15 juillet 1992, Rachel Nickell est poignardée à mort sur Wimbledon Common, dans le sud-ouest de Londres, devant son fils Alex alors âgé de deux ans. André Hanscombe, son compagnon, se retrouve du jour au lendemain père célibataire d’un enfant traumatisé, sous les feux croisés des médias et d’une enquête policière qui va rapidement déraper.
Les forces de l’ordre concentrent leurs soupçons sur Colin Stagg, un chômeur du quartier qui promenait régulièrement son chien sur le Common. Sans la moindre preuve forensique, la Metropolitan Police monte l’opération Edzell : une policière infiltrée entretient pendant plusieurs mois une fausse relation avec Stagg pour tenter de lui soutirer des aveux. Colin Stagg ne confesse rien. Parce qu’il n’a rien à confesser. En septembre 1994, le juge Ognall rejette l’affaire, condamnant les méthodes policières comme une tromperie d’une gravité exceptionnelle. Stagg aura passé quatorze mois en détention provisoire pour un crime qu’il n’a pas commis, avant de recevoir 706 000 livres sterling en dédommagement des poursuites abusives.
Pendant toute cette période, le vrai meurtrier, Robert Napper, continue de sévir librement. En novembre 1993, il tue Samantha Bisset et sa fille de quatre ans à Plumstead. La série montre qu’il y avait pourtant des signaux d’alarme : la propre mère de Napper avait signalé aux autorités que son fils lui avait avoué un viol. La police n’avait jamais donné suite.
Sous ses yeux : comment la vérité finit par émerger
Le troisième épisode de Sous ses yeux s’ouvre sur l’année 2005. André, qui a quitté la France pour s’installer à Barcelone avec Alex, apprend que les enquêteurs ont relancé le dossier grâce aux progrès des techniques d’analyse ADN. La scientifique Angela Gallop développe une nouvelle méthode capable d’exploiter des prélèvements qui étaient jusqu’alors trop infimes pour être analysés avec les outils de l’époque. Le profil génétique obtenu écarte définitivement Colin Stagg et désigne Robert Napper, alors déjà interné à l’hôpital psychiatrique de haute sécurité de Broadmoor pour le double meurtre des Bisset.
En décembre 2008, seize ans après les faits, Robert Napper plaide coupable pour homicide avec irresponsabilité diminuée, en raison de ses troubles mentaux diagnostiqués, schizophrénie paranoïaque et syndrome d’Asperger. Il est condamné à une détention indéfinie à Broadmoor, là où il se trouve déjà. La série ne présente pas ce dénouement comme une victoire. C’est une constatation froide, administrative, déposée dans le couloir d’une institution qui n’a cessé de faillir.
Sous ses yeux : la scène finale et la colère d’André face à la police
André Hanscombe fait le déplacement depuis l’Espagne pour assister au procès de Napper en 2008. C’est là qu’un policier lui montre en aparté un dossier confidentiel du Crown Prosecution Service, une collection de preuves qui établit sans ambiguïté que la Metropolitan Police avait eu connaissance de la dangerosité de Napper bien avant le meurtre de Rachel, et qu’elle n’avait pas agi. André repart de Londres sans faire de déclaration publique, dans un état de fureur silencieuse que Jordan Bolger retranscrit avec une économie de jeu remarquable.
La scène finale de Sous ses yeux montre le glissement progressif d’un homme qui avait tout fait pour avancer vers quelque chose qui ressemble à de la paix, brusquement confronté à la certitude que la mort de Rachel aurait pu être évitée. Pas peut-être. Aurait pu. C’est sur cette blessure-là que la série choisit de se refermer.
Sous ses yeux : le combat d’André et d’Alex contre la Metropolitan Police
Ce que montre l’épilogue de Sous ses yeux, confirmé par des images d’archives, c’est qu’André et Alex ont engagé une procédure officielle contre la Metropolitan Police en s’appuyant sur le dossier qui leur avait été transmis. Cette plainte a conduit à un rapport accablant de la Commission indépendante des plaintes contre la police, qui conclut à un catalogue de mauvaises décisions et d’erreurs évitables, en établissant que les meurtres de Samantha et Jazmine Bisset, en plus de celui de Rachel, auraient pu ne jamais avoir lieu. Aucun policier n’a fait l’objet de sanctions disciplinaires.
La série se clôt sur un autre moment, tout aussi fort : Alex retrouve son père et lui dit ce qu’il n’avait jamais pu lui dire. Pendant des années, Alex avait nourri une forme de ressentiment envers André, lui reprochant de l’avoir tenu à l’écart du monde, de lui avoir imposé une enfance faite de discrétion et de déplacements. Ce que la fin de Sous ses yeux montre avec une délicatesse rare, c’est la réconciliation de ces deux hommes construite non pas sur l’oubli, mais sur la compréhension de ce que chacun a porté. L’épilogue précise que leur relation est aujourd’hui plus solide qu’elle ne l’a jamais été.
Sous ses yeux : une saison 2 est-elle envisageable sur Netflix ?
Sous ses yeux est une mini-série fermée, construite autour d’un arc narratif complet qui suit l’affaire de 1992 jusqu’à la condamnation de Robert Napper en 2008 et à la réconciliation d’André et d’Alex. La série ne laisse aucun fil ouvert qui appellerait une suite directe, et son ancrage dans des faits réels rend un prolongement narratif peu probable sous ce format. Une saison 2 au sens traditionnel du terme n’a pas été annoncée par Netflix, et la nature même du projet ne semble pas l’appeler. Pour ceux que l’affaire Nickell continue de hanter, le documentaire compagnon Le Meurtre de Rachel Nickell, également disponible sur Netflix depuis le 4 juin 2026, apporte un éclairage factuel complémentaire avec des archives inédites et les témoignages d’André et d’Alex Hanscombe eux-mêmes.


