Il fallait une fin à la hauteur de quatre ans d’amour, de coming out, de crises et de sweaters volés. Alice Oseman s’en est chargée elle-même, avec un film de presque deux heures qui ne ressemble à aucun des épisodes de la série. Heartstopper Forever est plus sombre, plus adulte, plus honnête sur ce que signifie grandir ensemble quand vos trajectoires commencent à diverger. Nick et Charlie se battent, se perdent un peu, et se retrouvent. La dernière image du film boucle la boucle avec la première scène du tout premier épisode de la série, et c’est délibéré, parfait, et terriblement émouvant.
Ce qui se passe au début de Heartstopper Forever : Charlie en campagne, Nick en panique
Le film s’ouvre sur la dernière année de lycée de Nick et Charlie. Nick a choisi l’université de Leeds comme premier vœu, une décision qui signifie un an de distance avec Charlie, qui a encore une année de Truham devant lui. Les deux tentent de rester positifs : Charlie plaisante sur le fait qu’il apprendra à conduire ou prendra le train. Mais derrière le calme affiché, l’anxiété de la séparation commence à s’installer.
Charlie se lance dans une campagne pour le poste de délégué général du lycée. Son discours de candidature est l’un des moments les plus forts du film : il parle ouvertement de l’homophobie qu’il a subie à Truham, de ce que c’est d’être l’un des rares élèves ouvertement gay dans l’école, et plaide pour que l’établissement devienne un endroit plus sûr pour tous, quelle que soit leur identité. Charlie remporte l’élection. Il prend aussi un travail dans un café. Il commence à construire quelque chose à lui, indépendamment de Nick.
Nick, lui, peine à écrire sa lettre de motivation pour l’université. Il commence à boire un peu trop lors des soirées, une jalousie naissante pointe quand il voit Charlie interagir avec d’autres garçons. Sa proposition pour créer un groupe étudiant queer est refusée par les administrateurs, un rejet qui le frappe plus fort qu’il ne l’avoue. Et puis il y a le cauchemar.
Le cauchemar de Nick et la rupture dans Heartstopper Forever
La scène pivot du film arrive quand Nick, qui accumule silencieusement la peur et l’anxiété depuis des semaines, raconte enfin à Charlie ce qui le tourmente. Il a fait un rêve dans lequel Charlie mourait, et lui n’avait pas vu les signes à temps. Ce cauchemar, qui renvoie directement aux saisons précédentes où Charlie avait développé des troubles alimentaires et traversé des épisodes d’automutilation, révèle la véritable nature de l’angoisse de Nick : ce n’est pas seulement la peur de la distance. C’est la peur de ne plus être là pour protéger Charlie s’il rechutait.
Cette conversation aurait pu tout débloquer. Au lieu de ça, elle déclenche quelque chose de plus difficile. Nick devient surprotecteur, vérifie constamment les nouvelles de Charlie, réagit de façon disproportionnée. Charlie, de son côté, a passé toute la série à avoir peur d’être un fardeau pour Nick. Voir son petit ami s’inquiéter autant pour lui le ramène à cette vieille certitude toxique : il est trop compliqué à aimer.
La rupture arrive. Elle n’est pas spectaculaire, pas le résultat d’un grand mensonge ni d’une trahison. C’est une rupture douce et dévastante, entre deux garçons qui s’aiment mais qui ne savent pas encore comment aimer sans avoir peur. Nick est effondré mais incapable d’expliquer exactement pourquoi. Charlie est certain que c’est sa faute.
La période séparés dans Heartstopper Forever : chacun grandit seul
Les semaines qui suivent la rupture sont celles où le film montre le mieux son ambition. Plutôt que de précipiter la réconciliation, Alice Oseman laisse les deux personnages traverser leur douleur séparément, et ce qu’ils font de cette douleur dit tout sur où ils en sont.
Charlie se concentre sur son poste de délégué. Il pousse à nouveau pour que le groupe queer soit accepté par l’administration, cette fois avec l’appui de son nouveau statut. Il y parvient. Il continue à travailler au café. Il mange mieux. Il rappelle à Tori qu’il est capable de s’en sortir. Le film montre un Charlie qui, pour la première fois depuis le début de la série, avance sans que Nick soit la raison principale de se lever le matin. C’est la chose la plus saine que cette série lui ait jamais offerte.
Nick, de son côté, arrive à Leeds. Il se fait de nouveaux amis, sort de sa coquille, découvre qu’il peut exister hors du contexte de Truham. La vie lui convient là-bas. Mais l’espace laissé par l’absence de Charlie ne se comble pas.
Le prom, la trêve et le cameo d’Alice Oseman dans Heartstopper Forever
Le bal de fin d’année de Truham est l’occasion d’une trêve entre Nick et Charlie. Ils acceptent de s’y rendre sans la pression de leur rupture, et de danser ensemble une dernière fois avant que le monde ne change vraiment. C’est Tao et Elle qui les poussent l’un vers l’autre. Isaac arrive au prom accompagné, une surprise pour tout le groupe : un développement touchant de son arc autour de la romance aromantique, suggérant qu’il a trouvé une façon d’exprimer de l’affection qui lui ressemble. Tara et Darcy sont ensemble, solides, se tenant la main devant leurs parents.
La danse de Nick et Charlie n’est pas une réconciliation officielle. C’est une reconnaissance : ils se manquent, ils n’ont pas fini quelque chose, et la peur de grandir séparément n’était pas une raison suffisante pour cesser de s’aimer.
Alice Oseman apparaît en cameo dans le plan qui suit. Nick monte dans le train pour Leeds, traverse un wagon, et passe devant une jeune femme qui lit. C’est la créatrice de la série, en train de lire un exemplaire de la novella Nick & Charlie publiée en 2015, dont ce film est l’adaptation directe. Un clin d’œil intime, adressé aux fans les plus assidus, qui referme discrètement le cycle de l’œuvre originale.
La fin de Heartstopper Forever : la boucle bouclée
L’épilogue répond à la question que le titre avait posée dès le début : forever. Nick est à Leeds. Charlie lui rend visite le week-end. Il rencontre les nouveaux amis de Nick, s’intègre dans leur cercle, commence à se sentir à l’aise dans cet univers qui n’est pas le sien. Ils se sont remis ensemble, sans grand discours, avec la naturalité de deux personnes qui n’ont jamais vraiment voulu être séparées.
La dernière scène du film reproduit exactement la configuration du tout premier plan de la série : Charlie marche vers une porte, pensant à l’amour. Mais cette fois, il n’est pas seul. Nick est à côté de lui. Ils parlent de sweaters volés, se demandent ce qu’ils vont manger au petit-déjeuner. Les feuilles d’automne et les fleurs qui jaillissaient à l’écran à chaque moment fort depuis quatre ans apparaissent une dernière fois.
Alice Oseman a confié dans ses interviews promotionnelles qu’elle avait toujours su que c’est cette image qui fermerait la saga : deux garçons ordinaires qui continuent à choisir de se choisir, dans une version d’eux-mêmes plus adulte, plus complexe, plus réelle que celle de leur première rencontre dans les couloirs de Truham. Le rideau tombe sur une fin que la série méritait depuis le début.


