Disponible depuis le 4 juin 2026 sur Netflix, Sous ses yeux a déjà marqué les esprits avec sa façon radicalement différente d’aborder le true crime : pas d’enquêteurs en vedette, pas de reconstitution morbide, mais le portrait intime et dévastateur d’un père et d’un fils qui apprennent à vivre après l’inimaginable. Derrière la caméra se trouve Alex Winckler, réalisateur nommé aux BAFTA, qui vient de se confier en détail sur les défis de cette production hors du commun. Ce qu’il révèle éclaire d’une lumière particulière une série qui mérite d’être vue et comprise dans toute sa profondeur.
Sous ses yeux : Alex Winckler, un réalisateur personnellement lié à l’affaire
Ce que peu de gens savent, c’est qu’Alex Winckler n’est pas simplement arrivé sur ce projet comme un technicien compétent à qui l’on confie un dossier sensible. Il a grandi à Wimbledon, à quelques centaines de mètres du common où Rachel Nickell a été assassinée le 15 juillet 1992. Il avait douze ans à l’époque, et il se souvient avec une précision saisissante du choc provoqué dans le quartier par l’annonce du meurtre.
Ce qu’il confie est révélateur : pendant son adolescence, le meurtre de Rachel Nickell est devenu une sorte d’histoire de fantômes que les jeunes du quartier se racontaient en passant sur le common. Ils se montraient l’endroit du drame, se chuchotaient que le tueur courait toujours. Une façon d’apprivoiser l’incompréhensible qui, avec le recul, lui semble aujourd’hui appartenir à une autre vie. Rencontrer André et Alex Hanscombe a tout changé. Ce qu’il croyait connaître de l’affaire s’est révélé n’être que l’écorce superficielle d’une réalité humaine infiniment plus complexe et plus douloureuse.
Sous ses yeux : le parti pris radical de ne jamais filmer du point de vue de l’enquête
L’une des décisions les plus importantes qu’Alex Winckler a dû défendre concerne la structure narrative elle-même. Sous ses yeux refuse catégoriquement de faire de l’enquête policière le centre de gravité du récit. Dans la grande majorité des productions true crime, l’enquête est le moteur, les victimes le décor. Winckler et le scénariste Rob Williams ont inversé entièrement cette logique : l’affaire existe en périphérie, elle se devine derrière une porte entrouverte, elle s’entend dans la mâchoire serrée d’André, elle se lit sur un écran de télévision allumé dans une autre pièce. Les Hanscombe ne vivent pas dans l’enquête. Ils vivent dans l’heure du coucher, dans un sac à préparer le matin, dans un enfant qui refuse de parler.
Cette approche a imposé des contraintes de mise en scène très précises. Winckler a notamment choisi de filmer plusieurs séquences à la hauteur d’un enfant, depuis le niveau du plan de travail d’une cuisine, depuis l’angle d’un petit garçon qui comprend moins que les adultes autour de lui mais ressent tout. Une décision technique qui dit tout sur l’angle humain voulu par la production.
Sous ses yeux : travailler avec les vrais André et Alex Hanscombe, entre confiance et responsabilité
C’est probablement l’aspect de la production qui pèse le plus sur les épaules d’un réalisateur, et Alex Winckler ne minimise pas ce que cela a représenté. André et Alex Hanscombe ont participé à la série comme consultants tout au long du projet, relisant les scripts, validant les choix de mise en scène, et partageant des souvenirs que personne d’autre qu’eux ne pouvait apporter. Cette présence permanente a agi comme une boussole constante contre toute forme de dérapage spectaculaire.
Winckler raconte que la frontière entre ce qui était juste et ce qui ne l’était pas s’est souvent tracée dans des détails qui auraient pu sembler anodins à n’importe quel autre réalisateur : la façon dont André tenait son fils la nuit, le silence particulier d’une maison où une mère venait de disparaître, le regard d’un enfant sur les adultes qui pleurent sans explication. Aucun de ces détails ne vient de la documentation sur l’affaire. Ils viennent d’André et Alex eux-mêmes, qui ont choisi de les offrir à la production parce qu’ils faisaient confiance à l’équipe pour les traiter avec le respect qu’ils méritaient.
André Hanscombe a résumé cette confiance avec une formule qui a visiblement marqué Winckler : même si la série n’est pas un film amateur, l’équipe a travaillé sans relâche pour rester fidèle en esprit à la façon dont lui et son fils ont vécu ces années. Cette validation de la part des deux hommes directement concernés est, selon le réalisateur, ce qui lui permet aujourd’hui de parler du projet avec une certaine sérénité.
Sous ses yeux : pourquoi ce projet change le rapport au true crime sur Netflix
Alex Winckler est conscient que Sous ses yeux s’inscrit dans un genre, le true crime, qui traîne parfois derrière lui une réputation de voyeurisme déguisé en information. Son ambition, partagée avec Rob Williams et l’ensemble de l’équipe, était de faire exactement le contraire de ce que le genre fait habituellement : remettre les survivants au centre, refuser la fascination pour le meurtrier, et traiter Rachel Nickell non pas comme une victime définie par sa mort violente, mais comme une femme dont la vie et l’amour ont laissé une empreinte indélébile sur ceux qui lui survivent.
Le résultat est une série qui appartient, selon ses propres mots, moins au registre du crime qu’à celui du deuil et de la résilience. Une distinction qui se ressent dans chaque séquence, et qui explique pourquoi Sous ses yeux touche des spectateurs qui ne regardent habituellement jamais de true crime. La série est disponible en intégralité sur Netflix, accompagnée du documentaire Le Meurtre de Rachel Nickell, sorti le même jour.


