Netflix a frappé fort ce jeudi 5 juin 2026 en lançant simultanément deux projets sur l’affaire Rachel Nickell : la série dramatique Sous ses yeux, avec Jordan Bolger et Max Fincham, et son pendant documentaire, Le Meurtre de Rachel Nickell. Là où la série fictionnalise le drame vécu par André et Alex Hanscombe, le documentaire va droit au but : archives jamais vues, témoignages exclusifs des deux survivants et retour sans fard sur l’une des plus grandes erreurs judiciaires de l’histoire britannique. Un double projet aussi ambitieux que bouleversant, et les deux se complètent avec une intelligence éditoriale rare.
Le Meurtre de Rachel Nickell : ce que le documentaire raconte que la série ne montre pas
Sous ses yeux reconstruit l’intimité d’un père et d’un fils projetés dans le chaos par un meurtre commis en plein jour. Le Meurtre de Rachel Nickell, lui, prend le contre-pied en s’intéressant autant à ce qui s’est passé après la mort de Rachel qu’à l’enquête elle-même, et notamment à ses catastrophiques déraillements. Le 15 juillet 1992, Rachel Nickell, 23 ans, est agressée et poignardée à 49 reprises sur Wimbledon Common, dans le sud-ouest de Londres, alors qu’elle promène son fils Alex, âgé de deux ans, et leur chienne Molly. Alex est le seul témoin du meurtre. Ce que le documentaire explore avec une précision documentée, c’est la spirale qui suit : une police submergée par la pression médiatique, une enquête qui part dans la mauvaise direction, et un innocent dont la vie va être brisée pendant des années.
Le Meurtre de Rachel Nickell : Colin Stagg, l’innocent que la police a voulu à tout prix rendre coupable
C’est l’un des chapitres les plus sombres de l’affaire, et le documentaire lui consacre une place centrale. Sans preuve forensique sérieuse, les enquêteurs se concentrent rapidement sur Colin Stagg, un jeune homme solitaire habitant à proximité de Wimbledon Common. Face au vide probatoire, la police met en place une opération d’infiltration aussi coûteuse qu’éthiquement douteuse : une policière se fait passer pour une femme intéressée par Stagg, dans l’espoir qu’il finisse par avouer ses crimes dans le cadre de cette relation fictive. L’opération dure des mois, sans résultat concluant.
Colin Stagg est néanmoins arrêté et jugé en 1994. Le juge écarte toutes les charges, qualifiant l’opération policière de « malhonnête » et estimant que la police avait tenté de fabriquer des preuves contre un homme dont la culpabilité n’était pas établie. Stagg est libéré, mais le stigmate reste. Le vrai tueur, Robert Napper, ne sera identifié et jugé que quatorze ans plus tard, en 2008, après avoir commis d’autres crimes dans l’intervalle. Dans le documentaire, Colin Stagg témoigne lui-même, une présence qui frappe par la sobriété avec laquelle il évoque des années de vie brisée par une suspicion publique entretenue alors même qu’il était innocent.
Le Meurtre de Rachel Nickell : André et Alex Hanscombe face caméra pour la première fois
C’est l’élément qui rend ce documentaire véritablement unique. André Hanscombe, 63 ans, et son fils Alex, aujourd’hui 36 ans, ont accepté de témoigner directement devant la caméra de la réalisatrice Lucy Bowden, BAFTA nominee connue pour One Born Every Minute. Les deux hommes ont également participé comme consultants à la série Sous ses yeux, mais le format documentaire leur a permis de dire des choses que la fiction ne pouvait pas restituer.
Alex, qui a publié en 2017 un livre de mémoires intitulé Letting Go sur son parcours depuis le meurtre de sa mère, raconte dans le documentaire que son père a tout sacrifié pour lui, sans aucune garantie sur comment les choses allaient tourner. Il évoque également une révélation personnelle douloureuse : Rachel pensait être à nouveau enceinte au moment de sa mort, après avoir vécu un an auparavant un avortement dont elle ne s’était jamais vraiment remise. André confie de son côté qu’Alex a souffert de cauchemars sévères pendant des années après le meurtre, le laissant parfois dans un état cataleptique. Les deux hommes sont arrivés à un endroit de leur vie où ils peuvent dire, selon les mots d’Alex, que la vie vaut la peine d’être vécue et que de la joie a existé malgré tout.
Le documentaire intègre également des archives familiales inédites de Rachel Nickell, jamais diffusées auparavant, qui donnent au film une dimension émotionnelle particulièrement forte. André et Alex se sont dits profondément reconnaissants envers l’équipe de production pour le soin apporté à la restitution de leur histoire.
Le Meurtre de Rachel Nickell : deux projets complémentaires pour une même histoire
La décision de Netflix de sortir Le Meurtre de Rachel Nickell et Sous ses yeux le même jour est clairement revendiquée par les deux familles comme une stratégie narrative délibérée. Alex Hanscombe explique que les deux formats touchent des publics différents : certains entrent dans une histoire par la fiction, d’autres par le documentaire, et les deux projets ensemble permettent d’atteindre le plus grand nombre de personnes possible avec ce récit qu’il et son père souhaitaient partager pour honorer la mémoire de Rachel.
Le Meurtre de Rachel Nickell est disponible dès maintenant sur Netflix, en version originale anglaise sous-titrée en français. Le documentaire se regarde idéalement après ou avant Sous ses yeux, les deux œuvres se nourrissant mutuellement sans jamais se répéter.


